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ComĂ©die noire oĂč la fantaisie se mĂȘle Ă  une certaine mĂ©lancolie, Bristol retrouve Jean Echenoz au meilleur de sa forme. Jubilatoire !

Bristol

Jean Echenoz

Genre

Roman

Résumé

Un cinéaste mal inspiré, sans épaisseur psychologique, va vivre aventures et déconvenues, depuis son immeuble parisien et au gré de quelques escapades en Afrique Australe.

Citation

« Vous libĂ©rez la fille, vous me la mettez dans le premier avion. Tout en douceur, n’est-ce pas. Et pour ce soir, MichĂšle, j’avais pensĂ© Ă  un poulet. »

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Jean Echenoz

Jean Echenoz est un Ă©crivain français nĂ© le 26 dĂ©cembre 1947 Ă  Orange, dans le Vaucluse. Figure majeure de la littĂ©rature contemporaine, il est reconnu pour son style singulier mĂȘlant ironie, concision et une habiletĂ© Ă  jouer avec les codes narratifs.

AprĂšs des Ă©tudes de sociologie et de gĂ©nie civil, il se tourne vers la littĂ©rature et suit des Ă©tudes Ă  l'École pratique des hautes Ă©tudes Ă  Paris. Il commence Ă  Ă©crire dans les annĂ©es 1970 mais attend 1979 pour publier son premier roman, Le MĂ©ridien de Greenwich, chez les Ă©ditions de Minuit, qui deviendra sa maison d’édition de prĂ©dilection.
Une Ɠuvre marquĂ©e par l’humour et le dĂ©tournement des genres :
Jean Echenoz se distingue par son Ă©criture fluide et dĂ©calĂ©e, souvent teintĂ©e d’humour et d’un regard distanciĂ© sur ses personnages. Il s’amuse Ă  dĂ©tourner les genres littĂ©raires : le roman d’aventure (Lac, 1989), le roman d’espionnage (Cherokee, 1983), ou encore le roman historique (Ravel, 2006).
Son roman Cherokee reçoit le prix MĂ©dicis en 1983, ce qui assoit sa rĂ©putation d’auteur inclassable. Il enchaĂźne avec plusieurs romans saluĂ©s par la critique et le public, comme Lac (1989) et Nous trois (1992).
La consĂ©cration avec Je m’en vais :
En 1999, Jean Echenoz remporte le prix Goncourt avec Je m’en vais, un roman qui illustre parfaitement son style : une intrigue faussement policiĂšre, un personnage principal dĂ©sabusĂ©, et une Ă©criture ciselĂ©e oĂč le burlesque et l’absurde se mĂȘlent Ă  la mĂ©lancolie.
Exploration de figures historiques
Dans les années 2000, il se lance dans une série de courts romans biographiques consacrés à des figures historiques :
‱ Ravel (2006) sur le compositeur Maurice Ravel,
‱ Courir (2008) sur l’athlùte Emil Zátopek,
‱ Des Ă©clairs (2010) sur l’inventeur Nikola Tesla.
Dans ces récits, Echenoz conserve son style elliptique et ironique, jouant avec la réalité historique pour en proposer une relecture romancée.

Son style minimaliste et prĂ©cis, proche de l’understatement, repose sur un savant Ă©quilibre entre description minutieuse et Ă©conomie de moyens. Son ton souvent ironique et son art de la digression font de lui un hĂ©ritier de la tradition du Nouveau Roman, tout en Ă©tant profondĂ©ment original

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L'oeil de votre chroniqueur.euse

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Jean Echenoz n’écrit pas des histoires. Il les construit, les sculpte, les dĂ©cortique – sans prĂ©tention, sans lourdeur, mais avec une prĂ©cision chirurgicale. Bristol est le parfait exemple de cette Ɠuvre d’orfĂšvre, oĂč le banal et l’extraordinaire s’entrelacent pour nous prĂ©senter un univers Ă  la fois familier et complĂštement dĂ©calĂ©.
Prenons cette scĂšne particuliĂšre : Robert Bristol, cinĂ©aste dĂ©sabusĂ©, observe depuis un cafĂ© la pluie ruisseler sur les vitres. La scĂšne pourrait ĂȘtre banale, mais chez Echenoz, elle devient un tableau mouvant. La goutte d’eau n’est pas une simple goutte : « Une bille transparente, vacillante, se risquait sur la vitre, hĂ©sitait, s’étirait en un trait tremblant avant de disparaĂźtre dans le vide. » Ce dĂ©tail infime est porteur d’une mĂ©lodie silencieuse, le reflet d’une vie qui s’écoule sans fracas, mais avec toute l’intensitĂ© du non-dit.
Echenoz excelle dans l’écriture du geste, du quotidien. Pas besoin de longues descriptions : une chaise bancale, un parapluie oubliĂ©, un regard absent suffisent Ă  raconter le vide ou le chaos d’une vie. Il utilise un vocabulaire minimaliste, prĂ©cis, oĂč chaque mot compte. Cette Ă©criture rĂ©duite Ă  l’essentiel offre un contraste saisissant avec les thĂšmes profonds qu’il aborde : le sens de l’art, la solitude, les dĂ©rives de la crĂ©ation.
Dans Bristol, les personnages secondaires gravitent autour de Robert, apportant chacun une Ă©tincelle de contraste : le producteur cynique, la jeune actrice pleine d’illusions, ou encore l’assistant maladroit. Echenoz ne s’attarde jamais sur eux, mais quelques mots suffisent Ă  les camper avec une profondeur dĂ©concertante. Un sourire forcĂ©, une chemise mal boutonnĂ©e, un tic de langage – tout cela fait d’eux des personnages inoubliables.
Les pĂ©ripĂ©ties des personnages en Afrique, outre le fait qu’elles sont hilarantes, rĂ©sonnent Ă  la maniĂšre d’une mĂ©taphore des doutes et errances de Robert Bristol lui-mĂȘme. En explorant le milieu du cinĂ©ma, ces scĂšnes permettent une rĂ©flexion subtile et ludique sur le processus de crĂ©ation artistique. Avec l’humour et l’extraordinaire qui teintent cette mise en abyme, Echenoz nous plonge dans un rĂ©cit qui dĂ©joue les conventions.
Rien n’illustre mieux ce cĂŽtĂ© burlesque que le personnage du commandant Parker. PrĂ©sentĂ© comme une brute Ă©paisse Ă  la tĂȘte d’une milice, il dĂ©voile rapidement un penchant insoupçonnĂ© pour le cinĂ©ma d’auteur, citant Fassbinder et Werner Schroeter avec une passion dĂ©sarmante. Ce dĂ©calage, Ă  la fois comique et dĂ©licat, illustre Ă  merveille l’art d’Echenoz : faire surgir l’improbable lĂ  oĂč on l’attend le moins, transformer une banalitĂ© en une Ă©tincelle narrative.
L’une des scĂšnes qui m'a le plus frappĂ© par son humour discret et son dĂ©calage, est celle du coĂŻt entre l’inspecteur et la voisine de Bristol. Alors que la tension monte (on pourrait dire que l’élastique se tend), que les gestes s’enchaĂźnent avec une rapiditĂ© autant sensuelle que burlesque, Echenoz choisit de couper net, interrompant l’action par un fondu noir. Ce choix narratif, Ă  la fois minimaliste et elliptique, transforme une scĂšne attendue en une anti-scĂšne, jouant sur les attentes du lecteur tout en dĂ©samorçant la tension avec une lĂ©gĂšretĂ© dĂ©concertante.
A l’inverse, il peut s’attarder longuement sur des scĂšnes d’apparence insignifiantes. La scĂšne oĂč l’on adopte le point de vue d’une mouche dans le bureau de Bristol, dĂ©crite avec minutie sur deux pages, en est l’exemple parfait. Cette fluiditĂ© temporelle, loin de dĂ©router, nous invite Ă  apprĂ©cier les dĂ©tails les plus infimes, tout en redĂ©finissant les attentes qu’on pourrait avoir d’un rĂ©cit linĂ©aire.
Bristol est une danse entre la prĂ©cision stylistique et une libertĂ© dĂ©concertante. Une invitation Ă  regarder diffĂ©remment les dĂ©tails de la vie, Ă  Ă©couter le silence, Ă  savourer l’ironie douce de l’existence.
Chez Echenoz, rien n’est en trop, rien n’est laissĂ© au hasard, et pourtant tout semble flotter, libre. Une leçon d’écriture, et une leçon de vie.

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